Démarche /Curriculum / Portfolio / Projets / Contact

 

Écriture

(Les textes suivants ont été créés dans le cadre de mes deux expositions solos à la galerie Crystal Racine. Dans le cas de MONOLOGUES, les textes ont étés joués par des commédiens invités, tandisque CORPS ÉCRITS affichaient les textes écrits aux côtés des oeuvres. )

 

MONOLOGUES


Monologue 1

 

Les mots m’allument, vos yeux lumières me brillent une scène.

Je carbure à la folie de sortir de mon moi. D’être masquée, maquillée, de porter le fard de l’autre. Le paraitre, la parure, l’artifice, ce qui efface les traits de vérités. Les personnalités cachées sous la poudre des clichés.

Photos cadrées, scène carrée de laquelle je ne saurais me dépasser.

Délimite.

C’est la gêne d’être sans paraitre, sans parures, sans paroles.

L’immobilité de ne pas savoir, figée sans comprendre les pensées des autres, sous le poids des regards. Celle que je parais, celle que je pense être, celle que je suis. Les nuances, les détails, les variables, les x et les y multipliés. Des calculs absurdes sans solutions, sans résoudre l’énigme d’être.

Sans vous, je ne suis qu’un monologue, un discours à sens unique. J’écoute ma voix me parler, me raisonner, du sens que je suis, que je serai.


Monologue 2

 

J’admets mon irraison.

J’ai le cœur braisé, brisé, chaviré, complètement crevé, au point de rupture. Prête au point, prête à partir, prête à détruire le fil de l’équilibre.

Je suis une funambule, malade de mes vertiges, de mes propres hauteurs, des gratte-ciels de mon imaginaire.

Roue rituelle, je tourne sans cesse sans avancer. Les mots et les gestes retenus, j’enferme la folie de mes affects, secrètement enfoui sous mon silence.

J’alimente le feu folâtre et les fantaisies de mon attraction silencieuse, de mon obsession sans filet, sans fin.

Je me perds dans mes propres labyrinthes, mes couloirs sans issues. Je recule sans cesse sur la trace de mes pas perdus.

J’ai l’affection écartée, déviée de toute raison d’être.


Monologue 3

 

J’ai la tête en voyage, quelque part d’un peu perdu entre mon imaginaire et l’inconnu. Entre deux lignes, deux parallèles de monde réel, mon centre de gravité est désaxé. J’ai l’attrait du paysage, de l’ailleurs, du n’importe où sauf ici, du n’importe quand, du n’importe quoi, du peu importe,

moi je pars.

J’ai l’esprit volatile. J’ai le regard distrait, les yeux déviés de mes deux pieds, pourtant enlignés droit devants, prêts aux pas, prêts à partir.

Voilà, j’entends la voix, les haut-parleurs collectifs crient dans ma conscience :

« Allez, marchez ! Suivez la ligne droite, prenez l’autoroute à cent mille, sans détours, usez vos semelles de fatigue, enfilez la ligne blanche, suivez le rythme unique, l’horloge métronome, la claque du tempo, la claque du travail, la claque du temps ! Marchez et claquez sans dévier, marchez et claquez sans danser ! »

Rythme carré sans musique que je suis incapable de suivre. Demi-temps de retard, que je ne saurais rattraper.

Trop tard, trop rêvé, j’ai perdu la cadence du réel. Je suis le condamné marginal, la roue de la routine m’écrase le crâne, serre l’espace de la vis, resserre la vie.

Machinerie contre la rêverie, à même ma tête.


Monologue 4

 

J’ai le cœur contraste, rouge et noir, vif et mort.

La braise et le feu d’une combustion vive.

Je me consume de l’intérieur, je me brûle la tête à trop vouloir être. Je ressens l’urgence incendiaire de vivre et la rage spontanée d’exister.

J’ai la flamme et la passion d’aimer, mais la folie et la peur d’avancer. Mes implosions doivent exploser. J’ai le sang noirci d’encre à ne pouvoir composer. J’ai trop à dire, trop à crier pour si peu d’oreilles.

Combustion vive, je brûle les feux rouges sans penser. J’échappe l’essence qui allume l’incendie de ma folie, de ma pyromanie. Consumation rapide, l’amère mélancolie de mes excès de vie.


Monologue 5

 

Je suis incandescente, aveuglée par le blanc de mon rêve. Rougie par le flux de mes veines d’énergies, carburé de mon cœur pompant à la passion pure.

Ma passion me charge, me pousse, me change. Emportée par un futur présent possiblement probable,

Si j’ose seulement l’atteindre.

 

Je trace des routes d’hasards, des lignes à suivre sans destination, qui croisent l’autre, qui coïncident l’heure, le moment, d’une rencontre magnétisé.

Je suis le sens du soleil, celui qui courre sur les têtes des trottoirs, des autoroutes d’inconnus qui emboitent leurs pas vers la lumière du jour. Des rayons vitaux, sans néons ultraviolets, qui s’hasardent à rayonner.

Des ampoules humaines, des luminaires de vies, respirant pour le mieux.


 

CORPS ÉCRITS


Entre le contrôle et l'abandon

 

Dans mes doigts je ficelle des fils de lignes et de liens,

Mais j’ai peur de les échapper, qu’ils envahissent l’espace de leur folie.

 

Dans mes mains j’empile des ébauches de possibles et de plans,

Mais j’ai peur de les suivre, qu’ils enferment la folie dans leur espace.

 

Entre le contrôle et l’abandon

Entre la raison et la folie

 

Entre la ligne et la couleur

Entre la figuration et l’abstrait

 

Entre le corps et le cœur

Funambule borderline.


Paysage en prose

Début de lignes.

Des séries de lignes consécutives qui s’étendent en long dans le mouvement du voyage et du déplacement. Vitesse et travelling de vision d’un corps statique et immobile dans la rotation du monde. Une découpe dessinée dans l’horizon entre la raison et l’irraison. Une ligne vitale entre le ciel et la terre, nous ramenant droits dans l’axe des ordonnées.

 

Dessin de lignes, mêlé de couleurs.

Des amalgames de couleurs qui créent de grandes animations aux impressions de déjà-vu. Les bruns terreux, les grands vides blancs, les verts en pousse et les rouge-orangés en éphémères accents. Des tons colorés qui pourtant ne méritent qu’une fraction de seconde d’attention dans nos pas trop pressés de s’enfiler les uns derrière les autres. Le sentiment du brun banal et du beige béton qui couvre le nuancier de la nature.

 

Opacification de lignes et couleurs en transparence.

Des brumes de souvenir d’un paysage passé, rasé par l’immobilier de l’homme. Les champs cassés par la construction de cubes de carrière. Lignes brisées, valeurs rompues, paysage monotone.

 

Le paysage cherchant à se redéfinir lui-même dans l’oubli de sa beauté.

Il ne reste que l’émerveillement photogénique du lieu et de l’espace cadré, ré-encadré. Mais le cadre cache et coupe. Rectangulaire, format portrait d’une étendue entre deux extrémités sauvagement capturées.

Le paysage parle davantage du cœur que du cadre. Subjectivement sublimé, magnifiquement imagé. L’artiste fixe le ciel et le temps dans son mouvement. Il interprète l’arrêt dans l’espoir d’un changement.


Rouge et noir.

 Le noir est rougi,

J’assombri mon visage, je le tache d’encre noire sur un fond d’amour rouge sang.

 

Le rouge est mélancolique,

J’alimente la calme violence de mon cœur qui se combat pour se faire mal.

 

La mélancolie est romantique,

J’entends les longs violons en plaintes qui chignent et qui chialent mon supposé malheur.

 

La romance est tragique,

J’aime la grande peine qui chavire la tête et la beauté fragile des larmes naissantes.

 

La tragédie est dramatique,

Je suis comédienne de ma vie de théâtre, je joue mes scènes existentielles avec exagération.

 

Le drame est écrit,

Je compose des scénarios pour en pleurer leurs impossibles, j’en échappe l’encre sans accident.

 

L’écriture est linéaire,

Je m’enligne toujours dans la même direction, à accumuler les traits narratifs pour composer.

 

La ligne est noire,

Je la laisse tomber sur ma joue.

 

Je sais que cette ligne de larme est morte maintenant.


Marche pas

 

Je marche sans savoir

Mes pas

S’ils se mêlent ou pas

S’ils avancent aux pas.

 

Mais mes pas

Ne savent pas marcher.

 

Ils courent, mes pas sans jambes, jeune coureuse de jeux de courses enjambées.

 

Mais mes jambes

Ne savent jamais

 

S’arrêter.

 

Je ne sais pas si

Je suis joueuse compulsive de vie

Mais le temps est trop

 

Lent.

 

Courses de moteurs contre ma montre

Comment marcher, comment m’arrêter.

Je ne sais pas.

 

© Stéphanie Laurin